En librairie le 3 Mai 2018
  • ISBN:
    2-36371-247-9
  • Format:
    123x195
  • Page:
    112pp.
  • Prix:
    16.9 €
Laissez-moi vous aimer
Angelo Rinaldi

«Que j’ai adoré cette chatte… Elle m’a offert à Venise par la princesse Monte dei Fiori, bien avant la création de la Mostra, quand elle m’a poussée à l’achat de l’Isotta-Fraschini et qu’elle m’a présentée au chef du gouvernement sur l’estrade. Il parait qu’il avait une maîtresse de confession mosaïque (Augustine fronce les sourcils), belle femme, très cultivée, très intelligente,  une vieille famille de la ville très d’avant-garde. Elle a dégrossi le petit instituteur de campagne qu’il était. D’après son baise-main, le menton levé, beaucoup reste encore à faire. J’ai cru qu’il allait m’infliger une prise de judo. Assez ridicule, le bonhomme, mais enfin dans son pays, il n’y a plus de grèves et les trains arrivent à l’heure – alors ? Et puis, à quoi ça correspond, l’Italie ? J’ai souvent pensé que c’était une invention de Verdi dans ses opéras. »

L’action se passe dans un château de Touraine à Montalet-les-bains. A Munich on est en train de négocier.  Nous sommes en 1938…

Une vieille comtesse discute avec sa femme de chambre, Augustine. Dire qu’elle discute le bout de gras serait plus juste… Abandonnant très vite ses airs supérieurs, elle en arrive à tutoyer sa domestique et à lui confier avec verdeur tous ses secrets intimes et à passer en revue le vaste tableau des mœurs de son temps sans parler des rumeurs de guerre qui se précisent . Quand elle ne se réjouit de pouvoir communiquer ses motifs de mécontentement aux villageois par l’entremise de Jenny – autre domestique – qui couche à droite et à gauche, elle déplore  les circonstances  dans lesquelles Louis Gaston, son mari, a décroché la médaille militaire et la Légion d’honneur en 14 : après avoir abusé des échantillons de vin et de gnôle envoyés aux combattants en première ligne pour leur remonter le moral et s’être cassé le fémur dans les escaliers du Ritz. S’inquiète-t-elle du sort de son fils Amaury ?  Elle n’a plus dans ses relations des généraux de l’importance de Gallieni pour l’embusquer à l’arrière. Mais, songe-t-elle, la ligne Maginot les protège. Et puis le Chancelier allemand est un homme de bon sens : « A présent, chacun a droit à sa bière, à sa choucroute et à sa petite auto. Volkswagen ne signifie-t-il  pas « voiture du peuple » ?

Dialogue haut en couleurs qui a le mérite de faire passer le temps de manière plus agréable  et donne lieu à un improbable remake d’En attendant Godot version drôle de guerre et… « drôle de dames ».

Le caractère bien trempé de la comtesse, son ton truculent et mordant de grande féodale devenue pragmatique, guerre oblige, et la langue incomparable de Rinaldi parviennent à nous retenir dans les ultimes minutes de légèreté française d’un monde voué à disparaître au seuil de la 2nde Guerre mondiale.

Né à Bastia, fils d’un militant communiste mort en déportation, Angelo Rinaldi s’est très vite imposé comme le plus grand et redouté critique de sa génération. Ses célèbres chroniques de L’Express pouvait faire ou défaire une réputation. Il est aussi écrivain et romancier reconnu. Il La Loge du gouverneur, La Maison des Atlantes (Prix Fémina 1971) ou La Dernière fête de l’Empire. Il a été élu à l’Académie française en 2001.

Diffusion CDE/SODIS

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