Les héros de Dieu s’amuse, le dernier recueil de nouvelles de Michel Lambert se retrouvent tous face à leur passé (voir ci-dessous). Entre romans et nouvelles, l’auteur belge, Prix Rossel 1988, explore inlassablement l’âme et la destinée humaines.
Manifestement, vous aimez le monde de la nouvelle !
D’aussi loin que je me souvienne pour reprendre l’expression consacrée, j’ai lu des nouvelles. Ce type d’écriture a ceci de particulier qu’il repose sur un moment de crise qui cristallise tout. C’est presque métaphysique. Qu’est-ce qui est important, toute la vie ou un moment, un personnage « capital » qui la résume ? J’aime travailler sur ce moment. Dans un roman, le temps est un facteur important. Généralement, l’histoire s’étale sur plusieurs semaines, années ou même générations. C’est comme une ligne de points sur laquelle des petits personnages se rencontrent puis se perdent puis se retrouvent… Dans une nouvelle contemporaine, on prend un point sur cette ligne et on essaie de l’approfondir. C’est un traitement vertical du temps.
Mais vous alternez aussi avec l‘écriture romanesque ?
Je crois en toute honnêteté que je ne serais pas le nouvelliste que je suis si je n’écrivais pas des romans et vice-versa.
Cette pratique régulière de la nouvelle, c’est très américain…
Je suis à mi-chemin de ce qui se pratique outre-Atlantique et de la tradition française qui ne va pas aussi loin dans le dépouillement et la brutalité. Mais c’est vrai que la plupart des écrivains que j’admire sont anglo-saxons et américains. Ou alors, en France, ce sont des auteurs comme Modiano par exemple…
Comment naissent vos personnages ?
Simple, je suis un grand observateur. J’écoute, je regarde et parfois, il arrive qu’un personnage, une situation m’interpelle. Je me dis « et moi à sa place, qu’est-ce que je ferais ? ». Je construis le personnage. Au départ c’est un étranger puis petit à petit, il devient poreux, perméable, le temps qu’il m’accepte et que je l’accepte. Là aussi il y a une grande différence entre le roman et la nouvelle. Dans un roman, après une trentaine de pages, le personnage a une densité, il peut alors prendre la relève. Mais dans une nouvelle on se laisse plus conduire par le ton. On doit être attentif au moindre mot. Je vais toujours chercher mes personnages en dehors de moi-même mais l’émotion de ce personnage, c’est la mienne.
Vous animez des ateliers d’écriture dans des centres de santé mentale, ça vous aide ?
Ce travail m’aide vraiment, j’y ai trouvé beaucoup de personnages. Je pense aussi que l’écriture a une vertu thérapeutique. On apprend sur soi-même. Ça a un côté pacificateur aussi. Plusieurs patients m’ont déjà affirmé que certains exercices les aidaient à se restructurer.
Vous avez remporté le Prix Rossel en 1988, c’est important ?
Bien sûr. C’est une reconnaissance de ses pairs. On est admis, en quelque sorte, dans la confrérie. Ça donne confiance en soi et c‘est une carte de visite. Côté public, ça vous donne des lecteurs que vous perdez au bout de l‘année… Et à la conquête de qui il faut alors repartir ! Même si quand on écrit, c’est d’abord pour soi-même.
Bientôt un nouveau roman ?
Le prochain recueil, ce seront encore des nouvelles. Mais après, je vais peut-être essayer d’écrire un roman à la première personne. Je ne l’ai jamais fait. Un nouveau défi. ¦
Interview : MARIE-FRANCOISE GIHOUSSE
(L'Avenir du 1er juillet 2011)
Dieu s'amuse, nouvelles de Michel Lambert
(Pierre-Guillaume de Roux, 2011)

















